15 ans après la paix, un Liban qui se cherche toujours
Les Egyptiens, les Assyriens, les Perses, les Grecs, les Romains, les Arabes, les Croisés, les Turcs : qui donc n’est pas, un jour, entré au Liban ? Les stèles du Nahr el Kelb en témoignent. Chacun a tenu à y laisser son nom. C’est le Liban !
Un peu plus grand que la Gironde, avec ses 10.452 km2, environ 4 millions d’habitants, « 800.000 » travailleurs syriens et autres résidents arabes, sans compter les Européens, le Liban s’identifie d’abord comme arabe, chrétien, maronite, orthodoxe, musulman, chiite, druze… comme s’il lui était devenu difficile d’être tout simplement le Liban. Pourtant, les cartes d’identité aujourdhui ne mentionnent plus la confession de chacun.
Est-Ouest : un souvenir plus germanique que phénicien restera à jamais gravé dans les mémoires. Dès qu’on arrive au Liban, cette évidence, quinze ans après la fin de la guerre, vous est toujours imposée. A l’Est, les Chrétiens, à l’Ouest, les Musulmans. A l’Est, le port de Beyrouth, à l’Ouest, l’aéroport. Seul le temps apportera peut-être un jour les nuances nécessaires. C’est le Liban !
Ne cherchons pas les différences dans la religion, mais plutôt dans l’argent, trompe-l’œil terriblement moderne. Téléphone portable à l’oreille, costume ou tailleur signé, accessoires Dior ou Guerlain, ce Libanais qui vous aborde sans complexe parle français ou anglais, a pour l’Occident, attachement et admiration. Il ne représente pourtant qu’une minorité et ne saurait à lui seul, être le Liban !
Au-delà de ces apparences et de ces futilités, il y a le peuple. Celui qui travaille dur et qui est impliqué plus que tout autre dans la reconstruction de son pays. Celui dont on ne parle généralement pas mais dont la générosité est proverbiale. C’est ça aussi le Liban !
Vivre à la libanaise, c’est tenter de «coexister sur un pied d’égalité dans le respect des valeurs humaines et spirituelles ». Ce but, si difficile à atteindre est toujours d’actualité. Plus que jamais au Liban !
Un million huit cent mille mètres carrés à rebâtir ou à restaurer, la tâche était gigantesque et personne ne peut aujourd’hui être totalement satisfait du résultat ou des priorités choisies. Il y a encore tant à faire !. Les ayants droits râlent, les pouvoirs publics essaient de mettre en place une législation qui ne lèse personne, mais qui ne satisfait personne, vraiment. On coupe la poire en deux, on tergiverse, on s’interroge, on ira, s’il le faut devant les tribunaux. C’est encore le Liban !
On peut s’extasier sur la nouvelle Place des Martyrs, qui en quelques années a retrouvé ses arbres d’autrefois, mis à l’abri dans une pépinière. On peut ne pas aimer ces buildings de verre, mais on ne peut pas rester indifférent à l’envergure des travaux entrepris depuis 15 ans.
Même s’il reste beaucoup à dire des efforts déployés pour sauver les sites archéologiques du cœur de la ville, il n’en est pas moins vrai qu’un certain nombre de personnes se sont attachées à les intégrer dans le nouveau paysage. C’est ça aussi le Liban !
Grands hôtels, somptueux décors de restaurants, voitures et chauffeurs de maîtres, les strass de Beyrouth d’antan ne font aujourd’hui plus illusion… Derrière ce que l’on pouvait encore deviner de particulièrement agréable de la vie d’autrefois, il ne restait plus que gravas, facades délabrées, fils électriques entrelacés dans une ultime danse, trottoirs kidnappés par les automobilistes. L’intensité du trafic faisait de Beyrouth en l’an 2000, la deuxième ville du monde avec 248 voitures au km. C’est le Beyrouth d’aujourd’hui. C’est encore ça le Liban !
Pour sa reconstruction, le Liban attend encore depuis la fin de la guerre, les aides promises par de nombreux pays du Monde Arabe et d’ailleurs. Le Liban a besoin de la France, qui a également besoin de ce petit pays. Il véhicule sa langue et sa culture dans tout le bassin méditerranéen.
Il est important que la France renforce et politise son approche du Liban car si ce pays ne suscite pas la solidarité active de la France, quel autre Etat d’Occident pourrait donc l’aider ?. Le premier devoir de la France est d’alerter en permanence la Communauté Internationale, rôle indispensable à l’heure où les Israëliens se sont retirés du Sud-Liban selon leurs conditions… Sa voix se fait plus forte aujourd’hui.
Sans ce courage et cette détermination, la France, ne serait au Moyen-Orient qu’un pays comme les autres, à la recherche de marchés fructueux. On ne se poserait plus alors la question de savoir si la France est une grande puissance, on saurait qu’elle ne l’est plus.
La scolarisation est importante. En 2000, 74 % des jeunes sont inscrits dans les écoles primaires et secondaires et 26 % dans les 17 universités et établissements d’enseignement supérieur du pays. Contrairement à une idée qui aurait tendance à se répandre, l’anglais, s’il progresse en force ne se développe pas au détriment du français. Les conclusions d’une enquête menée par une équipe de l’Université St Joseph le confirment. Sur un échantillon de 77086 personnes, toutes régions et communautés confondues, 28,5 % parlent le français et pas l’anglais. 13,8 % l’inverse et 20,5 % le français et l’anglais. Le français est parlé par 63,5 % des jeunes de 15 à 19 ans. Cependant, 61,5 % des sondés estiment que l’anglais est plus utile pour leur avenir.
Deux cent quarante kilomètres de côtes avec seulement 30 % du sol cultivables font de cet Etat, un pays de services par excellence. La prospérité du pays repose toujours sur sa légendaire activité bancaire, mais, la crise économique est là et, phénomène exceptionnel, l’exode rural s’inverse depuis peu. L’agriculture connaît une nouvelle expansion. C’est un Liban inattendu !
Pour ce petit pays riche d’histoire, le tourisme est également un atout capital. Les Arabes sont déjà là, les touristes occidentaux et asiatiques commencent à montrer le bout de leur nez. Il faudra les conquérir en réhabilitant l’infrastructure hôtelière existante. Baalbeck, Byblos, Tyr et Saïda sont des atouts majeurs, mais le meilleur capital reste le Libanais et sa légendaire hospitalité. C’est le Liban de toujours !
Dans le domaine de l’environnement, la situation actuelle est préoccupante : 80 % de la nappe d’eau est polluée ou en danger de l’être. Selon les normes, le Liban devrait posséder 15 à 20 % de son territoire couvert de forêts. Il n’en reste aujourd’hui qu’à peine 5%. Les jeunes ont pris conscience du problème et font preuve de plus de civisme. C’est le Liban de demain !
La reconstruction a un prix : les taxes augmentent et les salaires ne progressent pas. Le Libanais regarde parfois avec nostalgie, l’argent facile de la guerre. C’était le Liban d’hier toujours prêt à ressurgir…
Un Liban à deux vitesses, un Liban résolument tourné vers l’avenir et un Liban désorienté qui attend qu’on s’occupe de lui redonner courage et ambitions. En ce début de 21ème siècle, Liban d’hier, d’aujourd’hui ou de demain, on reparlera du Liban… G figuié / E.Pasetti




















